L'E-BUSINESS, C'EST AUTRE CHOSE QUE CE QU'ON EN VOIT
Le site internet n'est qu'une infime partie de ce que permet la mise sur le réseau.
Il y a quelques jours se tenait à Liège la deuxième journée des "Rencontres wallonnes de l'e-business". La première était organisée à la mi-mai à Mons et la troisième est prévue à Namur le 11 juin.
Une quinzaine de conférences, des ateliers avec démonstrations, 45 exposants, quelque 350 participants... Au lieu de présenter l'e-business comme une solution miracle, les organisateurs de cette journée (Technifutur et l'Agence wallonne des télécommunications) ont préféré construire une approche ouverte, mettant en évidence aussi bien les atouts que les écueils des nouvelles technologies de l'information et de la communication.
L'AWT et Technifutur se sont entourés de trois partenaires: la SPI+, la Chambre de commerce et d'industrie de Liège et l'ALE/Teledis. Les ministres wallons Serge Kubla, pour les nouvelles technologies, et Marie Arena, pour l'emploi et la formation, apportent par ailleurs le soutien du gouvernement wallon à ces journées placées sous le thème "E=business ".
Une certaine inadéquation
La récente étude de l'AWT révélait que pour la majorité des entreprises, l'e-business se résumait à un concept plutôt réducteur de commercialisation d'un produit par internet. Or ceux qui se sont lancés savent que les TIC réservent bien davantage aux PME. Il apparaît également que certains secteurs sont à la traîne. C'est le cas, comme le rappelle Marie Arena, de l'horeca et de la construction. Première étape donc, dans la foulée des résultats de l'enquête AWT: une information complète et vulgarisée sur l'usage de l'internet par les entreprises (les trois Rencontres wallonnes, notamment). Deuxième étape: la formation par un réseau de centres de compétences (Technifutur à Liège, Technofutur à Charleroi, Technocité à Mons et bientôt Technobel pour l'arrondissement de Dinant-Philippeville).
"Au-delà de l'aide financière à l'installation dans le processus de l'e-business, le gouvernement wallon prévoit aussi prochainement la possibilité de recruter une personne pour faire vivre en interne l'e-business dans l'entreprise", souligne Marie Arena. Enfin, environ 100.000 personnes devraient recevoir d'ici 2004 une formation par modules de 8 à 24 heures, dispensée par des associations. Trois publics, a priori peu susceptibles d'approcher ces TIC, sont concernés: les jeunes de l'enseignement technique et professionnel, les plus de 45 ans (surtout demandeurs d'emploi) et les minimexés.
Retour au monde des entreprises: selon une enquête de la SPI+ auprès des PME de la région liégeoise, les besoins de celles-ci en matière de TIC ne seraient encore qu'imparfaitement rencontrés. "Il y a une inadéquation entre l'offre et la demande, et ce malgré une forte densité de sociétés spécialisées: on en compte 156 dans la province, soit 40% des entreprises wallonnes de TIC", développe Joseph Moxhet, député permanent et président de la SPI+.
Tout peut commencer par un simple site web
"E=business , une formule gagnante", insistent néanmoins les organisateurs de ces Rencontres wallonnes. "L'e-business est autre chose que ce qu'on en voit. Autre chose qu'un site web 'brochure', qu'un moyen d'acheter ou de vendre un produit sur internet. Le processus est entré dans les moeurs et peut servir à tous les niveaux de l'entreprise, pas seulement au marketing", lance Olivier de Wasseige, administrateur délégué de DefinITion. Internet? Un média facile, pas cher et qui permet de mettre en réseau des partenaires comme s'ils étaient dans la même entreprise.
Pour les PME, tout peut commencer par un site web. "C'est mieux que rien. Mais c'est inutile s'il on ne met rien dessus et s'il n'est pas mis à jour.". Mais c'est aussi un accès aux portails: "Pour les PME, cela signifie par exemple être présent sur une place de marché, un espace de contact avec beaucoup de monde."
Une manne de possibilités
Olivier de Wasseige évoque aussi la veille, qu'elle soit concurrentielle (il existe par exemple des systèmes permettant d'alerter l'utilisateur en cas de changement sur un site concurrent) ou technologique (vérifier les évolutions du secteur en allant visiter les forums de discussion, en relevant les sujets de thèses universitaires, etc.). Les TIC facilitent aussi les ouvertures vers la sous-traitance (avec la possibilité de relier des plannings de production) et permettent d'optimiser des achats auprès des fournisseurs. L'administrateur délégué évoque encore le recrutement en ligne, la formation à distance, la connexion éventuelle aux machines commandées à distance, les e-mails personnalisés aux clients, la vente en direct ou via les intermédiaires.
Enfin, la livraison, pourquoi pas en connexion électronique avec les logisticiens (qui développent eux-mêmes leur département e-logistic), le service aux clients pour l'aide, la réclamation, la télé-maintenance.
Olivier de Wasseige n'en a pas fini avec l'usage de l'internet en entreprise: la gestion financière, les relations avec les banques, l'information aux actionnaires, le télé-travail, les réseaux d'entreprises pour aborder des marchés particuliers, les formulaires administratifs plus accessibles avec le démarrage, certes un peu lent, de l'e-government.
Reste, plus basiquement, le niveau interne: la relation en intranet pour l'ensemble des collaborateurs et la direction générale.
"Si tu ne sais pas où tu vas..."
"La vente vers le consommateur privé reste encore marginale actuellement dans l'e-business: 61% du commerce électronique en Belgique concerne le B to B", précise Olivier de Wasseige. "Mais il faut tout de même savoir que si 20% des internautes passent à l'achat en ligne dès la première année, 45% y viennent après trois ans. Et 75% des internautes visitant un magasin traditionnel mûrissent leur décision d'achat via le net. Les deux modes restent liés", en déduit-il.
Il termine en rappelant qu'il ne s'agit pas de convaincre toutes les PME de se lancer à 100% dans toutes les possibilités offertes par l'e-business. "Mais il faut au moins être conscient des opportunités et des menaces d'internet sur votre stratégie d'entreprise. Il faut au moins un plan, une 'route de l'internet', pour voir ce qu'il peut vous apporter. Peut-être simplement mieux vendre ou mieux communiquer au sein de l'entreprise."
Plus radical, Dominique Gany, rédacteur en chef du magazine Inside Internet , considère que ne pas se lancer, c'est mourir. Dominique Gany présente à la vitesse de l'éclair un virevoltant abécédaire de l'internet. Tout en montrant au public le "GSM de demain", une toute petite plaquette déjà très populaire aux USA (le BlackBerry), et en évoquant avec passion les "neural networks" capables de "vivre en ligne et de créer leur propre processus comme un cerveau humain", l'homme retourne littéralement le net comme un doigt de gant. A l'attention de ceux qui ont peut-être vainement tenté de suivre la démonstration, il termine le sprint par un proverbe de sa composition: "Si tu ne sais pas où tu vas, tous les chemins sont bons..."
L'Echo, jeudi 06 juin 2002
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